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One Health : une approche au cœur de l'action du SIF
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One Health Summit 2026
Une approche au cœur de l'action du SIF
Le 7 et 8 avril 2026, des chefs d'État, des scientifiques, des représentants d'organisations internationales et des acteurs de la société civile se sont réunis à l'occasion du One Health Summit pour accélérer la mise en œuvre d'une idée aussi simple qu'ambitieuse : notre santé, celle des animaux et celle de la planète ne font qu'un. C'est le principe du "Une Seule Santé" ou « One Health » et c'est une conviction que le Secours Islamique France (SIF) porte depuis des années dans l'ensemble de ses projets humanitaires.
Qu'est-ce que l'approche "Une Seule Santé" ?
One Health ou "Une Seule Santé" est une approche scientifique et politique qui reconnaît que la santé des êtres humains, celle des animaux et l'état de l'environnement sont profondément et indissociablement liés.
C’est une réalité que l'on observe chaque jour : une rivière polluée contamine le bétail, qui contamine les populations qui s'en nourrissent. Une sécheresse pousse des espèces sauvages vers les zones habitées, augmentant le risque de transmission de maladies. Un manque d'assainissement dans un village touche directement à la santé les enfants, dégrade les sols et propage des maladies dans les nappes phréatiques.
Le concept One Health a été formalisé conjointement par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) pour répondre précisément à ces dynamiques croisées. Il part du principe qu'aucune de ces crises ne peut être résolue en silo et qu'agir efficacement pour la santé humaine, c'est nécessairement agir pour la santé animale et environnementale en même temps.
Trois grandes menaces mondiales illustrent aujourd'hui l'urgence de cette approche
Les zoonoses, ces maladies transmises de l'animal à l'être humain, représentent 60 % des maladies infectieuses émergentes dont le Covid-19, Ebola ou la grippe aviaire. Elles naissent souvent là où les écosystèmes sont dégradés et où populations humaines, animales domestiquées ou non entrent en contact dans des conditions précaires, notamment autour de points d'eau contaminés ou surexploités.
La résistance aux antimicrobiens est favorisée par l'usage massif d'antibiotiques dans l'élevage et par des systèmes d'assainissement insuffisants, qui permettent aux bactéries résistantes de se propager dans les eaux usées, les sols et les cours d'eau. Ce phénomène menace de rendre inefficaces des traitements vitaux pour des millions de personnes.
La dégradation de l'environnement (déforestation, pollution des eaux, sécheresses, salinisation des sols) qui affaiblit les systèmes immunitaires, réduit la disponibilité alimentaire et crée les conditions propices aux épidémies et aux déplacements massifs de populations. La pollution chimique des eaux sature nos organismes en perturbateurs endocriniens, tandis que l'érosion de la biodiversité brise les barrières naturelles entre espèces, facilitant le passage des virus de l'animal à l'homme. Parallèlement, la salinisation des terres et les sécheresses condamnent les récoltes, transformant l'insécurité alimentaire en un moteur de migrations forcées et d'instabilité politique.
Ces trois thématiques sont particulièrement liées au travail du SIF sur l’accès à l’eau, assainissement et hygiène.
L'eau, vecteur central des maladies et pivot du One Health
Parmi tous les liens qui unissent santé humaine, animale et environnementale, l'eau est le fil conducteur le plus direct et le plus négligé dans les politiques internationales.
L'eau insalubre n'est pas seulement une question d'inconfort. C'est l'un des premiers facteurs de mortalité évitable dans le monde. Les maladies hydriques (diarrhées, choléra, typhoïde, hépatites, parasitoses, infections urinaires) se propagent là où les systèmes d'eau, d'hygiène et d'assainissement (EAH) font défaut. Et ce sont toujours les mêmes qui en payent le prix : les enfants en bas âge, les femmes, les populations des zones rurales et les communautés en crise.
Les chiffres sont sans appel. Selon l'OMS, près de 1 000 enfants meurent chaque jour de pathologies directement liées à l'eau insalubre, au manque d'assainissement ou à une hygiène insuffisante. Les enfants de moins de cinq ans ont statistiquement plus de risques de mourir d'une maladie hydrique que d'un conflit armé. La diarrhée seule, causée à 69 % par un accès inadéquat à l'EAH, reste l'une des premières causes de mortalité évitable chez l'enfant. Et 50 % des cas de sous-nutrition infantile découlent directement de diarrhées à répétition et d'infections intestinales liées à l'eau contaminée, créant un cercle vicieux entre maladie et malnutrition particulièrement dévastateur.
Mais les maladies hydriques ne s'arrêtent pas aux diarrhées. Le paludisme et la dengue prolifèrent dans les eaux stagnantes issues d'un assainissement insuffisant. Les inondations, dont la fréquence augmente avec le changement climatique sont directement associées à des pics de zoonoses hydriques. Et les crises de l'eau poussent humains, bétail et faune sauvage à partager les mêmes points d'eau dégradés, créant des interfaces de transmission idéales pour les pathogènes entre espèces.
En 2024, 2,1 milliards de personnes n'avaient pas accès à de l'eau potable gérée en toute sécurité et 3,4 milliards ne disposaient pas d'un assainissement sûr, alors que 1,7 milliard n'avaient toujours pas accès à des services d'hygiène de base. Et dans le monde, un établissement de santé sur cinq ne dispose toujours pas d'eau courante rendant impossible des soins sûrs pour les patients les plus vulnérables.
Ces chiffres ne sont pas seulement un problème d'infrastructure. Ils ont des conséquences directes sur la santé animale et environnementale : des eaux non traitées contaminent les sols et les nappes phréatiques, dégradent les écosystèmes aquatiques et favorisent la circulation de pathogènes entre espèces. La crise de l'eau est une crise One Health à part entière.
Pourtant, l'EAH reste l'un des secteurs les plus sous-financés de l'aide internationale. En 2025, 173 millions de personnes avaient besoin d'assistance humanitaire en eau et assainissement et seulement 17 % des financements requis avaient été mobilisés. C'est un paradoxe économique majeur : selon l'OMS, chaque dollar investi dans l'eau et l'assainissement génère entre 4 et 21 dollars de bénéfices en santé, productivité et éducation. Moins de maladies hydriques, c'est aussi moins d'antibiotiques prescrits et donc un frein direct à la résistance antimicrobienne, l'un des enjeux centraux du One Health.
C'est pourquoi le SIF a porté plusieurs recommandations au sommet : reconnaître officiellement l'EAH comme pilier central de l'approche One Health, mieux articuler les agendas "eau", "santé" et "environnement" dans les politiques internationales, et inscrire ces engagements dans la perspective de la Conférence des Nations Unies sur l'eau 2026.
Les cantines scolaires et le WASH in School : Tchad, Sénégal, Burkina Faso, Madagascar, Kenya, Somalie
L'école est un terrain d'intervention One Health par excellence. Sans eau potable, sans latrines fonctionnelles, sans dispositifs de lavage des mains, une école n'est pas seulement inconfortable elle devient un vecteur de maladies et une atteinte directe aux droits des enfants. Les infections se propagent entre enfants, les filles peuvent abandonner l’école à cause de leurs menstruations faute d’installations adaptées, et l'absentéisme lié aux maladies hydriques compromet l'apprentissage de toute une génération. L'absence d'accès à l'eau potable transforme les établissements scolaires en foyers infectieux, augmentant la prévalence des maladies hydriques qui atteignent l'assiduité des élèves. Ce phénomène est aggravé par la précarité menstruelle des jeunes filles, dont l'exclusion scolaire périodique par manque d'installations fragilise irrémédiablement leur parcours pédagogique.
Le SIF adopte une approche systémique s'inscrivant dans le paradigme One Health, qui reconnaît que la santé des enfants est indissociable de la salubrité de leur environnement et de la santé du bétail environnant. Dans la province du Lac au Tchad, région au carrefour de crises migratoires et climatiques, le projet PROSCOLAC opérationnalise ce lien : la réhabilitation d'infrastructures EAH et la création de jardins maraîchers scolaires créent un écosystème où la gestion de l'eau soutient à la fois la nutrition et la barrière sanitaire contre les zoonoses. Ce sont 17 670 enfants, dont 8 048 filles et 1 027 enfants en situation de handicap, qui bénéficient de cet environnement intégré. À Madagascar, une approche similaire a été déployée pour 2 534 enfants, consolidant la résilience communautaire face aux aléas climatiques.
Cette vision transversale est cruciale lors de l'implantation technique des infrastructures. Dans les zones rurales arides, comme à Marsabit au Kenya ou à Kismayo en Somalie, l'installation de puits à exhaure solaire exige une planification rigoureuse du zonage sanitaire. Pour respecter les principes One Health et éviter les contaminations croisées, une séparation stricte est opérée entre les points d'eau potable pour les humains et les abreuvoirs pour le bétail. En éloignant les zones d'abreuvement des animaux des points de puisage domestique, le SIF prévient la pollution fécale des nappes et réduit la propagation des maladies hydriques et parasitaires entre l'animal et l'homme.
Au Kenya et en Somalie, cette ingénierie sociale et technique est complétée par la distribution de kits d'hygiène menstruelle et la formation de clubs de pairs. L'enjeu est global : améliorer l'accès à l'EAH, c'est protéger la dignité des filles, sécuriser l'interface santé humaine-animale-environnement et briser durablement le cercle vicieux entre pathogènes environnementaux, malnutrition et décrochage scolaire.
Pakistan Tharparkar : eau, alimentation et résilience climatique
Dans la région aride du Tharparkar, des sécheresses récurrentes et une salinisation croissante des nappes phréatiques fragilisent à la fois la santé des populations et les écosystèmes. Le SIF y combine réhabilitation de bassins de collecte des eaux de pluie, installation de pompes solaires, création de fermes bio-salines adaptées aux contraintes locales, et formation des agriculteurs à des pratiques résilientes face au changement climatique. Cette approche agit simultanément sur la sécurité alimentaire, la santé des populations et la préservation des écosystèmes, les trois dimensions du One Health.
Les crises humanitaires ne sont jamais à entrée unique. Une épidémie de choléra n'est pas seulement un problème de santé mais le signe d'un système d'assainissement défaillant, d'un écosystème dégradé, d'une communauté fragilisée. Une crise alimentaire reflète souvent une crise de l'eau, du climat, des moyens d'existence.
L'approche One Health nous invite à regarder ces crises dans leur globalité. Et pour une ONG humanitaire et de développement, cela signifie concevoir des interventions qui agissent sur les causes profondes, pas seulement sur les symptômes.
Le One Health Summit de 2026 a été une étape importante dans la reconnaissance internationale de cette approche. Mais les engagements politiques ne valent que s'ils se traduisent en financements concrets et en politiques cohérentes pour les communautés les plus vulnérables, celles qui paient le prix le plus lourd des crises sanitaires, climatiques et alimentaires actuelles ou à venir.



