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Liban, Janvier 2026 : les blessures invisibles de la guerre chez les enfants
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Liban, Janvier 2026 : les blessures invisibles de la guerre chez les enfants
Plusieurs mois après l'escalade des hostilités au Liban, de nombreux enfants souffrent encore des traumatismes psychologiques liés au conflit.
Le Secours Islamique France (SIF) a publié aujourd'hui les résultats d'une évaluation de la santé mentale de 152 enfants âgés de 6 à 17 ans et de 143 personnes qui s'occupent d'eux. L'enquête a été menée en septembre 2025 à Beyrouth et au Mont-Liban. Les résultats révèlent des niveaux alarmants de détresse émotionnelle et mettent en évidence des lacunes urgentes dans l'accès aux services de santé mentale et de soutien psychosocial (MHPSS). Une analyse des résultats rédigée en anglais peut être téléchargée à partir du lien ci-dessous.
La peur, l'anxiété et le désespoir comme réalité quotidienne
Les données brossent un tableau sombre :
46 %
des enfants déclarent avoir peur tous les jours.
43 %
souffrent d'anxiété quotidienne.
38 %
vivent dans une tristesse persistante.
56 %
se sentent souvent désespérés ou impuissants.
Les émotions positives sont devenues rares. Au contraire, l'inquiétude et l'insécurité dominent la vie quotidienne de nombreux enfants.
Témoignage d'un parent.
Une autre mère se souvient que son enfant lui murmurait pendant les bombardements :
Un traumatisme qui perdure au-delà des combats
Les données brossent un tableau sombre :
37 %
des enfants déclarent avoir des souvenirs envahissants ou des pensées effrayantes récurrentes.
39 %
se sentent stressés au quotidien.
30 %
ont des troubles du sommeil et 27 % se réveillent effrayés pendant la nuit.
51 %
déclarent manger moins que d'habitude.
Les parents décrivent des enfants qui deviennent « renfermés », « facilement irritables » ou « excessivement collants ». Certains ont développé des comportements régressifs tels que l'énurésie nocturne. D'autres évitent les interactions sociales ou ne prennent plus plaisir aux activités qu'ils aimaient auparavant.
« Ils regardent la télévision à plein volume pour se sentir en sécurité », explique un aidant, décrivant comment les enfants tentent de bloquer les souvenirs effrayants.
Dans les quartiers fortement touchés par les frappes, près de 69 % des enfants ont vu leur maison ou leur environnement endommagés. En conséquence, 63 % d'entre eux déclarent ne plus se sentir en sécurité et 84 % s'inquiètent constamment pour les membres de leur famille.
Sans espaces sûrs, le stress s'accumule et se manifeste par des difficultés comportementales et émotionnelles. « Les enfants ont très peu d'occasions de dépenser leur énergie », note un représentant de l'un des centres de développement social au Liban, attaché au Ministère des Affaires Sociales libanais, et partenaire du SIF.
Un système éducatif perturbé aggrave la vulnérabilité
La guerre a également gravement perturbé le système éducatif. De nombreuses écoles publiques ont été transformées en abris collectifs ou endommagées pendant le conflit, privant les enfants de stabilité et de routine.
Ainsi, 40 % des enfants interrogés déclarent se sentir tristes ou anxieux lorsqu'ils manquent l'école, et plus de la moitié affirment que le stress affecte leur concentration. La crainte d'une reprise des violences continue d'affecter leur sentiment de sécurité dans les établissements scolaires.
Pour les enfants orphelins déjà confrontés à des difficultés économiques et à des conditions de vie précaires, les déplacements et les destructions aggravent les vulnérabilités existantes.
Les enfants sont résilients, mais ont besoin d'un soutien urgent
Malgré le traumatisme, les enfants font preuve d'une résilience extraordinaire et trouvent des mécanismes pour y faire face :
• 79 % déclarent bénéficier actuellement d'une forme de soutien de la part de leur famille, de leur école ou de leur communauté.
• 54 % affirment que jouer, dessiner ou parler les aide à se sentir mieux.
Pourtant, les familles soulignent régulièrement que le soutien reste insuffisant. La demande de services psychosociaux a considérablement augmenté depuis la guerre, tandis que les ressources restent limitées.
Nos équipes constatent les conséquences catastrophiques du conflit sur les enfants au Liban. Au-delà de la reconstruction des infrastructures, il est essentiel d'investir durablement dans la protection de l'enfance et les services de santé mentale et de soutien psychosocial afin de prévenir les dommages psychologiques à long terme.
Grâce à son programme de parrainage d'orphelins et à ses actions dans les centres de développement social, le SIF continue de proposer des activités psychosociales, des espaces sûrs et un soutien adapté aux enfants vulnérables et à leurs aidants. Cependant, un rétablissement durable nécessite un engagement national et international continu.
Nos recommandations
Le SIF recommande de :
• Accroitre et garantir un soutien financier durable et continu pour les services essentiels de protection de l'enfance et de santé mentale et de soutien psychosocial (SMSPS).
• Soutenir la création d'espaces sûrs et accessibles supplémentaires pour les enfants ("child-friendly spaces") au sein des centres de développement sociaux au Liban.
• Renforcer les mécanismes de référencement et d'orientation des cas de protection dans les centres de développement sociaux et veiller à leur maintien et à leur pérennisation.
• Intégrer la SMSPS dans les programmes scolaires.
• Créer des liens entre les écoles et les centres de développement sociaux.
• Apporter un soutien multisectoriel aux enfants et leurs familles ou tuteurs, en leur offrant un soutien psychosocial, et en soutenant les moyens de subsistance de ces personnes (en particulier les femmes).



