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L’Observatoire de la Coalition Éducation alerte sur les financements français de l’éducation
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L’Observatoire de la Coalition Éducation:
Alerte sur les financements français de l’éducation
À l’occasion de la Semaine mondiale d’action pour l’éducation du 18 au 24 avril 2026, la Coalition Éducation a publié son Observatoire des financements français de solidarité internationale consacrés à l’éducation. Ce rapport montre que les budgets ne suivent pas les engagements. Alors que la France se présente comme un acteur clé de l’éducation dans le monde, ses financements restent insuffisants et mal ciblés.
Le Secours Islamique France (SIF), en tant que membre de la Coalition Éducation et contributeur de l’Observatoire, relaie ces conclusions et appelle les décideurs français à agir pour renforcer les financements consacrés à l’éducation dans le cadre de la solidarité internationale.
Une urgence mondiale qui ne peut pas attendre
Selon l’UNESCO, 273 millions d’enfants et de jeunes restent non-scolarisés dans le monde. À ce rythme, seuls 60% des Etats dans le monde atteindront l’achèvement du primaire d’ici 2030, et 40% celui du secondaire. Moins d’un tiers des pays à faible revenu disposent des financements nécessaires pour atteindre leurs objectifs éducatifs. Pour les enfants que le SIF accompagne dans les camps de réfugiés et de déplacés, dans les zones de conflit ou contextes fragiles, ces chiffres signifient concrètement des écoles fermées, des apprentissages interrompus, et des générations entières privées de droits de base, comme l'accès à l'éducation, la protection contre la violence et des lieux sûrs où vivre et jouer.
Des budgets français qui baissent au moment le plus critique
En France, la trajectoire des financements de la solidarité internationale est en baisse. Moins 2,3 milliards d’euros en 2025 et moins 800 millions supplémentaires en 2026. Dans ce contexte, la capacité du pays à tenir ses engagements internationaux en matière d’éducation est directement menacée. Les ONG, dont le SIF, alertent sur les conséquences concrètes : des millions d’enfants et de jeunes supplémentaires risquent d’être déscolarisés, avec des effets durables sur leur vie et irréversibles sur leur avenir.
Des ambitions politiques claires mais des financements décalés
La France place l’éducation au cœur de sa politique de développement avec notamment la Stratégie internationale pour l’éducation de base (2024-2028), la Stratégie humanitaire (2023-2027) et les travaux du CICID et du Conseil présidentiel pour les partenariats internationaux (CPPI). Le pays a également co-porté un évènement de haut niveau sur le financement de l’éducation au G7, auquel la Coalition Éducation a participé. Malgré l'attention accrue que porte l'État à l'éducation, ces déclarations d’intention des décideurs politiques ne se traduisent pas encore pleinement dans les budgets réellement débloqués.
En 2023, les financements bilatéraux français consacrés à l’éducation ont atteint 1,70 milliard de dollars, soit une hausse de 3,4 % par rapport à 2022. Cette dynamique positive s’inscrit toutefois dans un contexte de réorientation plus large de la politique française de solidarité internationale, marquée par des réductions des budgets de l’aide publique au développement à partir de 2024. Dans ce contexte, des questions se posent quant à la soutenabilité et à la cohérence des priorités sectorielles, notamment dans des domaines essentiels tels que l’éducation.
Des dépenses qui brouillent l’effort réel de solidarité
Près de 60% des financements bilatéraux français en éducation sont en réalité utilisés pour des dépenses qui ne renforcent pas directement les systèmes éducatifs des pays partenaires. Il s’agit notamment des frais d’écolage et bourses qui ne bénéficient pas prioritairement aux étudiants des pays les moins avancés (PMA), du financement des lycées français à l’étranger et du système éducatif de Wallis-et-Futuna. Ces dépenses masquent la part réellement disponible pour soutenir l’école publique, les enseignants et les infrastructures dans les pays les plus vulnérables.
L'AFD et les approches transversales
À l’Agence française de développement (AFD), les financements consacrés à l’éducation et à la formation s’élèvent à environ 270 millions de dollars, soit 4,4% des engagements. La part des projets en Afrique subsaharienne progresse, atteignant 63%. Toutefois, la part dédiée à l’éducation de base reste insuffisante et les volumes globaux engagés restent en deçà des besoins. Les approches transversales, genre, handicap, environnement, sont aussi très limitées : seulement 6,4% des financements atteignent le niveau 2 du marqueur genre, 94,9% des projets ne renseignent pas le marqueur handicap, et seulement 1,7% intègrent pleinement les objectifs environnementaux.
Multilatéral : PGE et Education Cannot Wait
Les financements multilatéraux permettent de mesurer la crédibilité réelle des engagements de la France :
Pour le Partenariat mondial pour l’éducation (PGE), la France s’est engagée à hauteur de 333 millions d’euros (2021-2025), dont environ 245 millions déjà versés. Un solde d’environ 66 millions d’euros reste à décaisser, alors que la reconstitution de 2026 est cruciale pour maintenir l’effort global.
Pour Education Cannot Wait (ECW), la France a annoncé 40 millions d’euros sur 2023-2026, mais à ce jour aucun décaissement n’a eu lieu.
Ces signaux montrent que les décisions budgétaires ne rejoignent pas toujours les annonces diplomatiques.
Les demandes concrètes de la Coalition Éducation
Face à cette situation, la Coalition Éducation formule des demandes claires :
Reprendre une trajectoire ascendante des budgets de solidarité internationale ;
Allouer 10% des financements bilatéraux à l’éducation (hors dépenses contestées), dont 50% à l’éducation de base ;
Renforcer les financements destinés aux PMA, à l’Afrique subsaharienne et aux contextes de crise ;
Exclure, dans les calculs, les dépenses qui ne contribuent pas directement au renforcement des systèmes éducatifs des pays partenaires ;
Honorer pleinement les engagements multilatéraux (PGE, ECW) et renouer, dès cette année, avec un niveau d’implication comparable aux années précédentes.
Ces exigences sont aussi les exigences du SIF.
L’appel du Secours Islamique France (SIF)
Le Secours Islamique France appelle le gouvernement français à aligner ses financements sur ses priorités politiques. Dans un contexte de réduction des budgets, la question n’est plus seulement “combien l’on donne”, mais “à quoi cela sert-il concrètement”. Le SIF exige que les enfants les plus vulnérables, ceux des PMA, des zones de crise, des communautés les plus pauvres, soient au cœur des décisions budgétaires. Chaque euro qui ne va pas à l’éducation de base, à l’école publique ou aux contextes de crise est un investissement manqué dans la paix, la stabilité et la dignité de millions d’enfants.



